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Comme un festival... de Cannes.

Comme un festival... de Cannes.

Ma première visite au festival reste un souvenir étonnant. Alors Chef du cabinet de la ministre de la culture, je goutais le faste de ce monde à part... de l'aéroport de Nice à l'hôtel de luxe, 1 000 regards sur ce personnage dans cette voiture avec de petits drapeaux arborant fièrement la palme, pour y lire très vite 1 000 déceptions de n'être connu que de ma famille...

Puis la chambre, impressionnante, le lit couvert de cadeaux des sponsors du festival… un smoking plus tard, vous marchez dans la rue, et là 10 filles sublimes, en tenue de soirée, n’attendent que de vous trouver à votre tour sublime… si vous avez un ticket magique, sésame à ce palais assiégé.

La loge du président du festival, plusieurs ministres étrangers et quelques personnalités, devant nous le monde du cinéma brille de toute sa splendeur… même assis. La chef du protocole se penche vers moi avec un sourire complice… et me demande de quel VIP je suis le garde du corps… un monde s’écroule !

Mais le combat ne s’arrête pas là, il faut ensuite être invité dans la soirée où il faut être… pas le diner du Carlton, chiant, pas la soirée de la Région, très chiant… mais celle pour laquelle toute la journée vous avez expliqué pourquoi votre présence s’imposait… la réponse ne tombera que vers 18h45, quelques minutes avant la montée des marches… (un sommet quand même –pour ma dernière visite- la soirée « Elle aime les femmes », avec Monica Bellucci présidant et se pensant toujours Cléopatre… où, flanquait (agréablement) de l’attachée de presse de Renaud Donnedieu de Vabres, j’étais retombé dans l’anonymat de ma fonction d’élu local, pour me retrouver avec le patronyme de ma guide…

Ensuite une dizaine de lieux vous ouvrent leurs portes si vous avez le carton qui va bien, car avant il faut traverser une marée humaine, scotchée aux barrières, pour voir qui rentre et espérer –en vain- un sésame tombant au sol… là par contre open bar… qui paye ? Personne ne sait, mais c’est comme au flunch « à volonté », mais en mieux…

Ce choc de deux mondes aussi violemment opposés est douloureux, il devient comme l’ennui succédant à la passion…
Seule élégance de mon expérience de Cannes, celle de son président, Gilles Jacob. Quelques jours après que Lionel Jospin ait liquidé Catherine Trautmann par un simple coup de fil, Gilles nous fit parvenir, par porteur spécial, une gentille lettre pour Catherine, sa chargée de com et moi, pour nous dire que bien évidemment notre place était à Cannes, que le festival ne serait pas le même si nous n’étions pas là et que bien évidemment il s’occupait de tout…

Alors, ce 12 mai, j’ai regardé avec intérêt cette énième cérémonie d’ouverture, avant la projection du Robin des bois de Ridley Scott, une Cérémonie d’ouverture bling bling et pompeuse, avec un grand absent : le cinéma.

La machine tourne sans cesse, sur elle-même, elle est repartie pour une dizaine de jours de paillettes, de stupre, de luxe, de stars, de controverses, et, peut-être, de cinéma.

Sur la scène du Palais, Kristin Scott Thomas remplace Edouard Baer. Toujours belle dans sa belle robe, elle tente de donner un peu de glam à l’exercice, sous les yeux fatigués de Frédéric Mitterrand (que l’on croirait rentré à peine de vacance en Thaïlande) et de Gilles Jacob. Comme on est entre soi, elle se lamente sur le volcan qui a failli gâcher la fête, mais bizarrement tout son discours tourne autour de l’éternité.

Au fil de la cérémonie, elle profère des phrases définitives comme « Je suis éternelle, je traverse les siècles grâce au cinéma », « Comme le regard des acteurs, les récits sont éternels » ou encore « Nous allons partager l’éternité du cinéma »… Sans la salle même les smokings semblent s’endormir. Kristin Scott Thomas commence alors à faire défiler les jurés sur scène : la ravissante Kate Beckinsale, le romancier Emmanuel Carrère, Victor Erice ou Benicio Del Toro qui fait péter l’applaudimètre (personne ne s’étonne qu’il soit juge et acteur de l’un des films en compétition).

Comme on est Cannes et que l’on est TRES engagé, il y a un carton sur le fauteuil vide (symbole !) du cinéaste iranien Jafar Panahi, « retenu contre son gré dans son pays  », avec un plan de coupe dans la salle sur la dessinatrice iranienne Marjane Satrapi. De fait, Panahi, réalisateur du Ballon blanc et de Hors jeu, est emprisonné depuis mars à Téhéran car les autorités l’accusent d’avoir « préparé un film contre le régime portant sur les événements post-électoraux  », en référence aux manifestations après la réélection contestée d’Ahmadinejad en juin 2009. Mais bon, cela ne saurait durer car Frédo a appelé, avec Bernard Kouchner, à la « libération immédiate  » de Jafar Panahi…sinon on envoie Carla, leur chanter quelque chose…

Reste la sélection. On arrive aux choses sérieuses et la reine Kristin envoie un magnéto avec des extraits des dix-neuf longs-métrages en compétition. On est enfin dans le cinéma : Apichatpong Weerasethakul, Olivier Assayas, Abbas Kiarostami, Mike Leigh, Alejandro González Iñárritu, Lee Chan-dong, Ken Loach, Xavier Beauvois, Im Sang-soo. J’ai un petit frisson quand je vois Takeshi Kitano flinguer trois yakuzas dans un sauna. A vue de nez, il manque quand même un ou deux films réellement excitants, des productions américaines comme Tree of Life, le Terrence Malick avec, excusez du peu, Sean Penn et Brad Pitt, The Rum Diary sur Hunter S. Thompson avec Johnny Depp, Somewhere de Sofia Coppola avec Benicio Del Toro ou encore The Way back de Peter Weir avec Colin Farrell et Ed Harris.

La Cérémonie s’achève enfin. Stars du Robin des bois de Ridley Scott présenté juste après, Kate Blanchett et Russell Crowe montent sur scène. Pour faire style, Kate baragouine «  Nous déclarons maintenant l’ouverture du trois cent troisième festival de Cannes.  » Cela ne nous rajeunit pas !

La cérémonie s’achève, j’ai le souvenir d’avoir longuement pleuré à la fin de « la vita è bella », profitant de ces applaudissements sans fin et des sauts de folie de Roberto Benigni, pour cacher ce manque d’élégance indigne de la fameuse loge du Président, mais je ne peux  que me dire quand même que le grand perdant, reste le cinéma. Entre deux promos sur Chanel, Audi et L’Oréal, Canal est censé célébrer le septième art. Mais combien de films de Cannes seront distribués en salles ? Si les films de la Compétition officielle ont une petite chance de sortir dans trois salles à Paris, qu’en est-il des films de la Semaine de la critique ou de la Quinzaine ?

Le plus grand festival du cinéma ou un mirage doré de la société du spectacle…


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