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Du « slow » et vite !

Du « slow » et vite !

Faire de Forcalquier un lieu de vie différent, plus slow...on y travaille depuis quelques années.
Slow food, slow city, slow book, slow média... le temps est au ralentissement. La vitesse est-elle proscrite pour autant ?

L'un n'exclut pas l'autre, nous dit Yves Bardon, Directeur de la Prospective d'Ipsos (France).

Comme chaque début d’année depuis maintenant cinq ans, vous présentez Ipsos Flair, un document qui propose une analyse stratégique de l’opinion à partir des six expertises croisées d’Ipsos. Dans le millésime 2011, vous consacrez un chapitre à la vague « slow ». Pourquoi ?

Yves Bardon : Parce que le « slow » est une des tendances, pour ne pas dire des urgences du moment.

Il y a tellement urgence que cela à ralentir le mouvement ?


Y. B. : L’idée est que pour se retrouver et retrouver des conditions de vie acceptables, il faut passer à un rythme différent. C’est une réponse à l’accélération de la société parfaitement décrite par le sociologue allemand Hartmut Rosa. L'accélération technique, au travail, sur les écrans, dans les transports, la consommation, a mené à l'accélération globale de notre rythme de vie. Avec ce paradoxe : le monde entier nous est offert en une seconde sur Internet ou à quelques heures en avion, mais nous n'avons jamais le temps d'en jouir. Nous gardons heureusement toujours la possibilité de ralentir, d'inventer un autre temps. C’est l’idée développée par Carl Honoré dans « Éloge de la lenteur » que chacun doit « retrouver sa tortue intérieure».

Voire son escargot…

Y. B. : Oui : c’est le symbole du mouvement « slow food » apparu en Italie en réponse à l'émergence de la restauration rapide.

C’était en 1986 ! Signe que le « slow » n’est pas si nouveau. Pourquoi lui prêter plus d’attention aujourd’hui ?

Y. B. : Le principe du « slow » n’est pas neuf, mais il se généralise à tous les domaines. Partant d’Italie toujours, une trentaine de villes de moins de 50 000 habitants, associées dans un réseau international s’engagent à mettre en œuvre les recommandations du Manifeste Slow City telles que la multiplication des espaces verts, des zones de loisirs et des lieux piétons, la priorité aux transports en commun et non polluants, etc. Vous avez aussi le « slow média » ou l’idée que l’on doit sortir du flux de l’information pour prendre du recul et aller plus loin. Cela renvoie au positionnement de Courrier International ou d’autres magazines comme Clés, la dernière née des publications de Jean-Louis Servan-Schreiber qui, à travers ses livres et ses initiatives média, reflète la volonté de la société de s’arrêter pour comprendre, de donner un sens à la vie et de profiter autrement des choses. En Suisse, l’économiste Jean-Noël Dupasquier a quant à lui développé la notion de « slow work » pour « populariser toutes les tentatives de résistance au modèle de travail basé sur la rapidité et le rendement ». La lenteur comme condition de l’intériorité est aussi au cœur du film « Des Hommes et des Dieux » vu par plus de trois millions de spectateurs. Il ne faut d’ailleurs pas s’étonner que les retraites figurent désormais dans les offres touristiques ou qu’accomplir une retraite spirituelle chez soi soit un thème à la mode.

Les marques font-elles aussi assaut de « slowtitude » ?

Y. B. : Elles y viennent. Vous avez au Québec, le Slow Cow™, une « boisson relaxante » à base d’ingrédients 100% naturels qui rompt avec la vogue des breuvages excitants. En matière de tourisme, plusieurs stations de sports d’hiver italiennes comme Breuil-Cervinia dans le Val d’Aoste ou Alta-Badia dans la région du Trentin-Haut Adige, ont développé une offre « slow ski » qui propose de prendre son temps et d’en profiter pour s’immerger dans la nature et la gastronomie. La contemplation comme excitant ! Dix cuisiniers primés par le Michelin ont ainsi organisé un parcours « Skier avec goût ». La signature d’ERDF « Donner un nouveau rythme à la ville » accompagne également cette tendance qui a pour objectif de se régénérer dans son environnement. On le voit bien dans la pub, les marques remettent la lenteur au goût du jour, avec des spots au rythme apaisé. C’est le cas de Bouygues Telecom, d’Orange Open ou d’Air France. D’une manière plus générale, reprendre le temps est la motivation de tous ceux qui suivent des cours de cuisine ou revendiquent le fait maison contre le micro ondes, au nom du sain et du bon. Le succès d’émissions comme Masterchef (TF1), Un dîner presque parfait, Top Chef (M6), Repas de familles (France 3), Les escapades de Petitrenaud (France 5) témoigne de cette quête du Graal gastronomique et convivial.

Cette aspiration au « slow » ne se construit-elle pas d’abord comme un rejet ?

Y. B. : Vous avez d’une part la vitesse subie avec l’idée de devoir faire le maximum de chose dans le minimum de temps, d’autre part la vitesse choisie pour accéder à l’information et aux contenus partout et le plus vite possible. Enfin, le slow, qui est une autre manière de gérer le temps en fonction de ses désirs. Il n’y a pas de contradiction entre les trois. Le ralentissement est une manière de sortir du temps subi pour accéder au temps choisi non pas parce que c’est mieux mais parce que ce rythme différent apporte d’autres choses, d’autres émotions.

Françoise Sagan disait que « ceux qui n’aiment pas la vitesse n’aiment pas la vie ». La lenteur n’est-elle pas synonyme de régression ?

Y. B. : Je vous conseille de voir cette vidéo réalisée par les Espagnols dans lequel ils décortiquent le livre (« The Book ») comme objet extraordinairement moderne. C’est aussi l’idée défendue par le « slow book » qui s’est construit en opposition à la culture du best-seller. Parce que la bonne littérature, comme les bonnes choses, « ça se savoure, ça se mature». C’est un choix…

Quand il est encore possible…

Y. B. : Certes, vous ne pouvez que subir les retards des transports ou des embouteillages, alors en arrivant chez vous le soir, vous allez privilégier le micro ondes pour dîner rapidement avec la sécurité des marques. Mais le week-end venu, vous préparerez une situation de convivialité autour d’un repas pour laquelle vous allez prendre le temps, encouragé par toutes ces émissions de cuisine qui recréent ce désir. Parce que le temps, c’est meilleur. Mais nous ne sommes pas seulement dans un système d’opposition : c’est un système d’arbitrage dans nos manières de gérer le temps en fonction du besoin et de l’usage. C’est tout simplement la cohabitation d’Internet et du plat mijoté.


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