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Les exclus de l'énergie

Les exclus de l'énergie

Pendant la campagne des régionales la question de la précarité énergétique était au c½ur de nos réflexions au contact de nombreux de nos concitoyens pour qui la facture devient insupportable...se loger ou se chauffer, ils sont de plus en plus nombreux à devoir choisir !

La campagne terminée, prenons un peu de hauteur et l'on ne peut que constater que la «pauvreté énergétique» est devenue un des fléaux majeurs de notre planète.

Comme le rappelait l’ONU, en novembre 2009, 1,5 milliard de personnes vivent sans électricité, dont 80% dans les pays les moins avancés d’Asie du Sud et d’Afrique subsaharienne.
En Europe, le même état d’insalubrité énergétique se retrouve, en particulier dans les nouveaux Etats membres où les parcs immobiliers publics ont été privatisés sans régler l’isolation des logements individuels ni améliorer leur efficacité énergétique. Partout, dans les vingt-sept pays de l’Union, les plus défavorisés occupent les logements les plus consommateurs d’énergie, donc les plus onéreux en termes de facture énergétique.

La France elle-même n’est pas une «île énergétique» à l’abri de cette question essentielle de l’accès à l’énergie. Cet hiver, 300 000 ménages français se sont peu (ou ne se sont plus) chauffés (dont 87% vivent dans des logements privés), et 70% des 3,4 millions de Français concernés font partie de la population qui perçoit les plus faibles revenus. Il y a donc une vraie «fracture énergétique» dans notre pays, les ménages les plus pauvres consacrant aujourd’hui, aux dires de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), 15% de leur revenu net aux dépenses énergétiques (gaz, électricité, combustibles liquides et solides), contre 6% pour les ménages les plus riches.

Il y a urgence à s’interroger sur la vulnérabilité des Français, leur difficulté croissante à régler leurs factures d’électricité et de gaz, la mauvaise qualité thermique des logements. Notre pays a décidé d’aider à la rénovation thermique des logements des plus pauvres et de créer un observatoire national de la précarité énergétique. C’est positif, mais il faut aller au-delà et, à la faveur de la prochaine loi organisant le marché de l’électricité, revisiter les dispositifs existant en matière de pauvreté. Les Anglais, souvent caricaturés pour leur «libéralisme», ont paradoxalement été les premiers à réfléchir sur cette «Fuel Poverty», définie chez eux comme la situation d’un foyer qui doit dépenser plus de 10% de ses revenus pour chauffer son logement. En fixant ce seuil, on limite certes l’analyse de la pauvreté au seul chauffage, excluant ainsi d’autres besoins essentiels tels que la cuisson ou l’eau chaude, mais au moins, il y a un début d’approche générale, dont la France pourrait s’inspirer avec profit.

A court terme, nous avons la chance d’avoir un instrument pour cela, la Contribution au service public de l’électricité (CSPE), créée il y a dix ans notamment pour compenser les disparités sociales et territoriales, mais qui, dans la pratique, ne mobilise aujourd’hui que 4% de son montant pour les dispositions sociales, via le «tarif de première nécessité». Face à l’exclusion énergétique croissante dans notre pays, il serait donc juste et équitable, dans un premier temps, de renforcer le contenu social de cette fiscalité énergétique. Et pourquoi ne pas envisager, au niveau européen, «bouclier social énergétique» comprenant accessibilité, tarifs et prix abordables, régularité, fiabilité, partie intégrante des efforts vers une plus forte harmonisation sociale, qui est progressivement souhaitable pour renforcer et redonner du sens au projet européen.


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